80 H de bus en 20 jours ! Record battu… et nos fesses encore une fois s'en souviennent. Au Vietnam, les distances s'apprecient en heures, pas en km... pas tant parce que les routes sont pourries, mais parce que le trafic est si intense qu'on ne peut pas rouler vite sans prendre des risques. Imaginez un bus voulant doubler un camion doublant 2 motos alors qu'une charette tiree par un buffle elle-meme doublee par un autre bus arrive en sens inverse. Pas evident, hein !? Alors les vietnamiens ont trouve la solution : klaxonner en permanence. Tutut « attention j'arrive », tutut « pousse-toi je double », tutut « laisse-moi me rabattre », tutut « salut l'ami !»... autant vous dire que, durant notre periple de 1750 km entre Saigon au Sud et Hanoi au Nord, une de nos preoccupations principales etait de fuir le vacarme de la circulation. Promenade en bateau le long de la riviere des parfums, visite de temples, de pagodes, de tombeaux imperiaux (naguere les rois edifiaient en prevision de leur mort de veritables palais aux jardins bucoliques), croisiere dans la merveilleuse baie d'Halong... les occasions n'ont pas manque d'echapper au flot des petites motos petaradantes (on en compte 2,5 millions rien que dans la ville de Saigon). Malgre tout, il faut avouer que c'est le long des routes et dans les rues que l'on decouvre vraiment la vie vietnamienne. Portes et fenetres grandes ouvertes, les maisons s'ouvrent sans probleme au regard de la rue, nous plongeant de facon inopinee dans l'intimite de la vie familiale. Les boutiques servent aussi de salon et piece de reception. Le soir, on y rentre les mobs et les motos que l'on gare entre le meuble TV et le canapé. Chaque maison possede une autel pour venerer les ancetres, un petit meuble tout simple sur lequel sont disposes des photos, des fruits, des fleurs et quelques batonnets d'encens. Tous les vietnamiens pratiquent ce culte car ils considerent que les ames de leurs parents survivent après leur mort et qu'elles protegent leurs descendants. C'est a elles que l'on s'adresse en premier pour demander, par exemple, la guerison d'un enfant malade, la reussite aux exams ou le succes de ses affaires. Si on etait vietnamienne on demanderait certainement a nos arrieres grands-parents de pouvoir refaire un jour un tour du monde. C'est devant l'autel aussi que les grandes decisions se prennent, et que les enfants se marient (sans aucun mediateur religieux ou pretre). Dehors, le spectacle continue. Les trottoirs grouillent de vie : les soudeurs fabriquent des tetes de lit, pendant que les mecanos demontent les carcasses de motobikes, mamie epluche ses legumes pour mettre dans sa soupe en train de cuire, une jeune fille en chapeau conique, sa palanche sur l'epaule (cf photo), accoste les touristes pour leur vendre ses ananas, une autre, la tete et les mains dans une bene a ordures, recupere bouteilles en plastique et canettes. Les gens mangent a n'importe quelle heure sur des tables et chaises de dinette en plein milieu du trottoir, enfin plutot que “trottoir”, il serait plus juste de parler de “parking a motos"...Ca deborde de partout ! Reste une solution pour le pieton, marcher sur le bord de la chaussee... au risque de se faire haper par une moto, une cyclo-pousse, un taxi ou un velo. 
Perilleuses mais pittoresques, nos ballades en ville nous ont permis de gouter a toutes sortes de plats vendus par des marchands ambulants et de petites echoppes pour trois fois rien. Nous sommes devenues en trois semaines des as de la baguette ! La cuillere est quand meme souvent utilisee en particulier pour manger le pho, une soupe de nouilles que l'on sert dans un grand bol. C'est un des plats les plus courants au Vietnam. Le bouillon est obtenu en faisant bouillir des os, du gingembre et du nuoc mam (evidemment !). On y met des morceaux de viands, des herbes, de la coriander, de l'anis, des epices, et des nouilles blanche... a la fois copieux et leger, c'est un delice ! Plus simple, on peut vous preparer aussi un bon sandwich a la Vache qui rit...et oui, en 95 ans de presence, la France a laisse ici quelques souvenirs gastronomiques. Le clou du spectacle se passe dans les marches. La, tous vos sens sont en eveil, en particulier votre odorat. Toutes sortes de poissons baignent dans de grandes bassines d'eau, les etals debordent de fruits, de legumes, de plantes et d'epices. La presence de durians, un fruit qui ressemble a une pomme de pin geante, vous donne le grand frisson ! sa chair exhale une odeur qui allie l'odeur du camembert sur le retour d'age a celui d'une crème de purin. Vous voyez !? Vous y rencontrez aussi quelques bestioles en bocaux, du genre serpents et geckos, utilisees dans la pharmacopee traditionnelle. Bref, un vrai depaysement compare a nos supermarches aseptises. Nous nous sommes rapidement attachees a ce pays, riche de sa culture, blesse par son histoire, terriblement humain et a l'image d'une asie eternelle avec ses rizieres noyees sous le soleil et ses chapeaux coniques. Mais le Vietnam n'est decidement pas de tout repos. Dire que les villes sont animees est un doux euphemisme, le bruit est une veritable pollution, il vous fatigue comme vous fatiguent les heures de transport et la chaleur (nous sommes en plein ete, il fait 40 degres). Difficille de sortir des sentiers touristiques classiques pour s'abstraire de l'agitation du fait du manque d'infrastructure et de la barriere de la langue. Alors voila, on a decide de suivre les conseils d'autres voyageurs : ecourter notre sejour au Vietnam pour profiter davantage de la quietude et de la douceur de vivre du Laos. La-bas, on espere retrouver un rythme de vie qui nous correspond mieux : “tranquille, a la cool” ! |