"Au centre du deuxieme village, vous trouverez une boite aux lettres orange. Tournez a gauche et trouvez le petit sentier...", "Dans le troisieme village, il y aura une echoppe a gauche. Un garcon parle anglais. Trouvez le et demandez lui l'hospitalite...", "En bas de la montagne, vous trouverez une riviere. Il faudra y tremper vos pieds et marcher dans l'eau pedant au moins 40 minutes...", "Restez toujours sur le sentier de gauche..." Voici certaines des precieuses informations que Christine et Jerome nous ont laissees pour partir en trek dans le Nord Est du Laos. Christine et Jerome, un couple de francais croise en Malaisie, sont revenus entiers de cette ballade de deux jours... alors pourquoi pas nous ? Nous partons en compagnie d'un couple suisse, Leakhenath et Sebastien, avec qui nous avons passe la frontiere lao a bord d'un bus VIP, qui n'avait de VIP que le nom. L'idee de partir sans guide en pleine nature a l'ecart des sentiers battus les excitaient autant que nous. Les quelques indications que nous avions les ont convaincus tout de suite. Voila une bonne equipe, une equipe de choc meme : Leakhenath et Sebastien voyagent deja depuis 9 mois en Asie, ils ont l'experience de la jungle cambodgienne. Quant a Sebastien il a a son actif la traversee de la savane africaine avec Bouriquet et Brenda, un ane et un chien, et revient d'un long voyage a velo entre le Nepal et l'Inde. Plutot organises, nous n'emportons avec nous que le strict necessaire : des medicaments en cas de maux de tete, de ventre, une lampe de poche, un petit savon, une serviette, nos draps de soie, deux paires de chaussettes, une boussole. Pour rejoindre le point de depart de la rando, nous remontons pendant pres de 6H la riviere Nam Ou a bord d'une longue et mince embarcation. Moins large que le Mekong dans lequel elle se jette, la Nam Ou coule au milieu de vallees encaissees et traverse de merveilleux paysages de montagnes rocheux et boises. L'emotion nous prend au fil de cette route liquide couleur cafe au lait. Cette bonne vieille emotion que nous ressentons a chaque fois que nous nous retrouvons seules devant tant de beaute. Nous la partageons en silence. Nous faisons etape pour une nuit a Nong Khiaw, un gros village situe de part et d'autre de la riviere. On se trouve un petit bungalow sur pilotis, le confort est spartiate mais la vue sur les montagnes est saisissante.
Le lendemain, nous reprenons un petit bateau pour aller a Muang Ngoi, encore un peu plus au Nord. C'est la que l'aventure commence. Les villageois nous aident a trouver le debut du sentier. Pas de doute, nous sommes bien en saison des pluies : nos chaussures sont quasi inidentifiables au bout de 2H, et voila qu'un torrent d'eau se deverse sur nos tetes. La pluie fut breve et rafraichissante. 2, 3 passages de riviere plus tard, nous nous retrouvons au milieu des rizieres baignees de soleil. Ca et la quelques cabanes en bambou qui servent aux paysans a faire leur pause. Premiere hesitation sur la direction a prendre... nous demandons alors a un autochtone de nous indiquer le chemin. Et la, on se retrouve face a un enfant de 8 ans jouant les chefs d'orchestre : le bras balance a droite, puis a gauche... il ne nous reste plus qu'a suivre notre intuition. Cette fois fut la bonne !  Nous marchons 3 bonnes heures sous un soleil de plomb sans croiser personne a part quelques sangsues bien goulues. Sebastion les exterminera l'une apres l'autre a la flamme de son briquet. Nous arrivons enfin au village de Huseyn : des maison en bois et bambou, des regards curieux, des sourires, des poules et des cochons qui se balladent en liberte et des enfants partout. Par chance, un honne parlant quelques mots d'anglais nous aborde. Il nous explique qu'il faut bien encore 3H de marche pour arriver au prochain village. Fatigues et attendris par cet endroit, nous demandons l'hospitalite pour la nuit. Comme si nous etions attendus, on nous montre 2 petites cabanes en bambou sur pilotis. A l'interieur, 2 matela et une moustiquaire... super, nous n'esperions pas mieux ! "et au fait, les WC c'est ou ?", "la-bas au fond, le petit cabanon au milieu de la gouillasse !", "et la douche ?", "au bout du village a droite"... un enfant nous montre la riviere. Il est 18H, c'est l'heure ou les gens se lavent apres une dure journee de labeur et avnt le coucher du soleil. Nous n'en ferons autant, les yeux sont rives sur nous, cote intimite, on a connu mieux. Rapidement, nous devenons l'attraction du village. Les enfants, les femmes et les hommes viennent nous rendre visite, curieux de savoir a quoi nous ressemblons, ce que nous transportons. Pour eux, notre presence ne manque pas d'interet, entre Seb et Aude qui organisent un atelier couture pour reparer leurs sandales decollees et leur pantalon dechire, et Fanny qui s'improvise "Docteur Quinn, femme medecin". Nous sommes bien contentes d'avoir pris avec nous quelques medicaments qui rendront bien service. Notre hote nous a tue un poulet pour le repas, et comble de bonheur pour Fanny, il nous sert du Coca Cola... decidement, il est partout celui-la ! Nous passons ainsi une belle soiree a la lueur d'une bougie, chaperonnes par quelques enfants et adultes du village. Pourtant, cette nuit-la, nous aurons du mal a nous endormir. Nous repensons a cette femme en proie a la gangrene. Elle avait du s'ouvrir l'orteil dans la riziere, il y a plusieurs semaines deja, la blessure s'etait refermee et le pied avait triple de volume. Nous avions pu repondre a celle qui se plaignait de fiere et de maux de ventre, mais la, nous etions impuissant, rendu a lui dire d'aller voir un medecin. Facile a dire, sachant qu'il nous a fallu marcher 5H dans la boue avec nos chaussures de rando pour arriver jusqu'ici. Nous prenons conscience alors de la dure realite de ce joli petit village : une vie quotidienne precaire, sans eau potable a proximite, avec tres peu d'acces a la sante, a l'education, a l'information; des chemins quasi impraticables en saison des pluies... et pourtant, cette femme, qui devait etre rongee par la douleur, nous souriait malgre tout. Pas besoin de reveil, les poules, coq, chiens, cochons, se chargent du boulot. Direction la riviere pour se debarbouiller, une bonne soupe aux nouilles, et nous voila pares a continuer l'aventure. Nous atteignions le village de Qui Khan 3H plus tard sans encombre, mis a part quelques glissades dans la boue et toujours ces maudites sangsues qui nous collent a la peau. Qui Khan ressemble au village gaulois d'Asterix et Obelix, entoure d'une barricade. Nous demandons l'autorisation pour rentrer, et nous devalisons le stock de bouteilles d'eau. Nous passerons l'apres-midi a monter, descendre les collines a travers les rizieres a flanc de coteau, les plantations de melon, basilic et mais. Tantot sur les cretes, tantot dans la foret, nous chercherons en vain le bon chemin. Nous perdrons plusieurs heures a faire des allers et retour, pieges a chaque fois par un sentier sans issu. Cuits par le soleil, lessives par l'humidite, la boue, les montees et les descentes, nous retournons penots a Qui Khan pour y dormir. L'atmosphere de ce village est vraiment differente de celle du premier. Ici, les gens n'osent pas s'approcher, ils nous observent ou bien restent indifferents. La vie semble paisible, les femmes s'occupent de leur bebe, une mamie pliee en deux balie sa maison, les enfant jouent au Katow ou a lancer leur tongue sur une bouteille plastique. Tous machent du betel, resultat : des dents pourris et une bouche rouge sang. C'est au tour de Sebastien de jouer le medecin. Une femme s'approche de lui et lui montre une plaie a la jambe encore bien ouverte. Un attroupement se cree alors autour d'eux pour voir comment le jeune blanc s'y prend pour la soigner. Apres quelques recommandations accompagnees d'un lot de pansements et de desinfectant, Sebastien recoit mille merci de sa patiente, toute contente de son bandage tout neuf. Ca fait du bien, malgre notre courte intrusion dans la vie de ces gens, de pourvoir se rendre utile. Thieu, un gamin de 16 ans, est un des seuls a parler quelques mots d'anglais. C'est chez lui que nous dinons. Comme la nuit precedente, nous dormons dans une cabane en bambou. Le lendemain, nous nous faisons confirmer 4 fois notre route avant de partir. La journee sera rythmee par la jungle, plus d'1H de marche dans une riviere, et notre arrivee au dernier village, ou bonheur, Coca Cola est encore la... meme chaud, il nous apporte bien du reconfort. Reste plus pour nous qu'a prendre un petit bateau pour redescendre la Nam Ou, et la boucle est bouclee ! De retour a Nong Khiaw, nos petits bungalows au confort spartiate, nous apparaissent comme beaucoup plus luxueux. Voila 4 jours inoubliables qui remuent les jambes et la tete. La fatigue s'estompe, la boue s'en va, l'odeur de sueur et de pieds s'evapore, mais, ce que nous avons vecu la nous appartient et restera grave dans nos memoires. |