Un bon bol d’air, de terre et de mer

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Indonésie - Bali - Java est - Lombok (iles Gili)
de Fanny et Aude, le 22-05-2007

Un bon bol d’air, de terre et de mer

Voler au dessus des cultures d’algues, Yann Arthus Bertrans en a fait de superbes photos, nous espérons que vous apprécierez les nôtres !! Un grand merci à Fabrizio et Joane, des martiniquais rencontrés à Huahine en Polynésie Française, qui nous ont permis de découvrir cette nouvelle vision du monde (Bali vu du ciel) et avec qui nous avons partagé 1 mois en Indonésie. Nous nous sommes retrouvés grâce à la magie d’internet. Eux aussi font le tour du monde, mais avec leur parapente sur le dos, 25 kg chacun… y faut être sacrément passionné pour faire ça.
Le parapente est une activité binaire : « ça vole » ou « ça ne vole pas ». Quand ça vole, quel plaisir intense de survoler la mer et sa palette de bleus, les temples hindous décorés de tissus et de fleurs, le vert pétant des rizières ou encore les algoculteurs au travail ! Quand ça ne vole pas, on se retrouve à l’arrière d’un mini 4x4 avec un énorme sac de 30kg qui prend la moitié de la banquette et qui vous laisse à peine la place d’y mettre vos fesses. Avec regret, on a remarqué en fin de compte qu’il y avait plus de chance que ça ne vole pas plutôt que ça vole. C’est qu’il faut réunir quand même beaucoup de conditions pour permettre au parapente de décoller : un relief, un terrain dégagé, une pente, un vent ni trop faible ni trop fort, de face aussi pour permettre à l’aile de se gonfler, et une zone d’atterrissage sûre (sans arbre, ni rocher ou serpent).
Pas simple et périlleux à la fois… finalement le parapente c’est l’Aventure à chaque fois. C’est l’occasion de partir à l’assaut d’une montagne (toujours avec l’ensemble du matériel), de s’élancer d’un déco (zone de décollage pour les novices) douteux et de finir pendu à un arbre ! C’est aussi l’occasion de se lever à 3h du mat’ pour faire l’ascension du mont Batur (1717m) en tongs et chargé comme un mulet, d’arriver au sommet à 6h, d’attendre 3h les bonnes conditions qui ne viennent jamais et de redescendre bredouille toujours avec le gros sac sur le dos. Précisons que pour l’épisode de l’arbre, le tandem volant, ou plutôt pendant, était Fabrizio et Joane, et pour le Batur, seul Fabrizio a attendu sans succès au sommet que le vent change de direction.
Pour nous, le Gunung Batur était une sortie randonnée. Oubliés notre réveil nocturne à 3h du matin et l’effort de l’ascension lorsqu’une fois au sommet s’offre à nous un spectacle de toute beauté : le soleil se lève, et alors, du centre du gigantesque cratère extérieur, surgit le sommet du mont Batur, entouré d’une grappe de cônes volcaniques plus petits. La vue est splendide et les couleurs au lever du soleil ajoutent à ce lieu une atmosphère mystique. Pendant que la brume et les nuages dansent autour de nous, nous marchons sur les crêtes, autours des cratères et au milieu des fumerolles… bref dans un décor de fin du monde !
Activité air, c’est fait… activité terre, c’est fait…. Il nous restait à aller voir les richesses sous marines. A ne pas manquer surtout quand on sait qu’on trouve en Indonésie la biodiversité la plus importante au monde. Nous en avons pris plein les yeux. D’abord sur l’épave du Liberty, un bateau américain qui sombra sur la côte est de Bali suite à l’éruption du mont Agung en 1963. Cette carcasse est devenue un monde merveilleux, tapissé de coraux, petits, gros, durs, mous, recouvert d’éponges de toutes les couleurs, et habité par des milliers de poissons. Un gros barracuda endormi campe sous la coque, des bancs de poissons chirurgiens viennent quasiment se frotter à vous alors qu’une boule de milliers de carangues flotte en pleine eau.
Ensuite nous sommes allés sur les îles Gili, lieu de villégiature pour plongeurs, au Nord Ouest de Lombok. Un petit coin de paradis de 2km de long sur 1,5 de large sans voiture, ni scooter, juste des cidomos (carrioles à cheval). Ici, on reconstruit ce que l’homme a détruit par la pêche à l’explosif et l’ancrage insouciant des bateaux : les centres de plongée en partenariat avec la communauté locale ont mis en place des structures métalliques électrifiées qui permettent d’accélérer la reproduction du corail (www.biorock.net); ils paient également en pétrole les pécheurs pour qu’ils aillent pécher plus au large, et tous les plongeurs participent à la réhabilitation des récifs endommagés en s’acquittant d’une taxe de 30000 rupiahs à la première plongée (3USD).
Cette conscience écologique nous a permis de vivre des plongées fantastiques riches en couleurs et en espèces marines : tête à tête avec une tortue broutant le récif, immersion dans un banc de poissons argentés, poursuite d’un requin à pointe blanche, spectacle d’un gros poisson ballon se faisant nettoyer par les petits labres, découverte d’un poulpe dans sa cachette changeant de couleur, rencontre avec une famille de poissons clowns blottie dans son anémone, ou encore vision magique d’une murène léopard en chasse, de poissons feuilles essayant de se fondre dans le décor, et d’un couple de pastenagues à tâches bleues ondulant sur le fond sableux. Vous ne vous étonnerez pas donc si on vous annonce que nous restons un mois de plus aux Gilis. En discutant longuement avec 2 moniteurs français, nous avons décidé de passer ici notre Dive Master, un diplôme de plongée qui nous permettra de guider des palanqués sous l’eau et de plonger gratuitement partout dans le monde. C’est une opportunité pour profiter encore quelques semaines de ce petit coin de paradis et vivre à fond notre passion pour le monde sous-marin.

Vous l’avez compris, l’Indonésie nous a conquis comme terrain d’aventure, mais ses puissants volcans, ses rizières et ses récifs coralliens ne sont pas les seules sources de dépaysement. La culture, l’art, l’artisanat, les religions, les traditions des ethnies locales et la cuisine indonésienne sont aussi fascinants que surprenants pour des occidentaux comme nous. C’est un enchantement que d’assister à un spectacle de gamelans et de danses traditionnelles à Ubud, la cité culturelle de Bali ; de se joindre au cortège d’une cérémonie funéraire (ces évènements ici sont heureux car ils symbolisent la destruction du corps et la libération de l’âme qui peut s’unir à la divinité suprême) ; d’observer les tailleurs de pierres à l’œuvre pour façonner les statues sacrées des temples ; de découvrir les rites religieux hindouistes à Bali et un islam teinté de bouddhisme, d’animisme et d’hindouisme à Java et Lombok ; et de goûter à l’immense variété de fruits de l’archipel (ramboutans, mangoustans, corossols, durians, noix de coco, papaye…).
La vie balinaise a éveillé nos sens - les couleurs des sarongs (les paréos locaux), les décorations des temples, les odeurs d’encens à chaque coin de rue, les sauces épicées – et les indonésiens nous ont ému par leur gentillesse, leur hospitalité et leur sérénité à toute épreuve. Ils nous ont donné une bonne leçon de courage lors de notre escapade sur le Kawah Ijen, un volcan à l’Est de Java. Le soufre que recèle son cratère est collecté par des porteurs qui effectuent tous les jours la navette entre le sommet du volcan et le lac sulfureux enserré entre les versants abrupts. Intoxiqués par les vapeurs de soufre, voutés par le poids de leur charge (jusqu’à 80 kg portés à bout d’épaule), épuisés par leur chemin de croix, ils s’arrêtaient malgré tout pour nous consacrer un sourire, un bonjour et poser pour une photo. On aurait tant aimé leur offrir une mule à chacun !

Le seul point noir au tableau, c’est le harcèlement permanent que les indonésiens font subir aux touristes. Comme des abeilles autour d’un pot de miel, les chauffeurs de « taksi », les vendeurs de pacotilles, les rabatteurs sont à l’affût des peaux blanches pour leurs soutirer quelques milliers de rupiahs. Le touriste étant par définition riche, l’entêtement est de mise, et ça particulièrement dans les endroits touristiques les moins fréquentes. Bons voyageurs que nous sommes, nous avons toujours su rester fermes et courtois, mais on doit vous avouer que nous avons failli quelques fois perdre patience. Imaginez vous assailli en sortant de votre voiture et encercle par une meute de vendeurs alors que vous vouliez simplement admirer le point de vue ; et si vous étiez suivi jusqu’aux toilettes par un vendeur de lunettes a qui vous avez dit « non » déjà 5 fois ; sympa aussi le petit déjeuner entre amis quand un rabatteur s’invite à votre table et vous tient la jambe jusqu'à ce que vous acceptiez son offre.
Le tourisme fait vivre tellement de gens sur Bali qu’il est difficile d’échapper à ces sollicitations ou que vous alliez, idem sur Lombok une île à l’est de Bali, qui accueille de plus en plus de touristes attires par les récifs coralliens des Gilis et les randonnées sportives des volcans du Rinjani. Heureusement, l’Indonésie recèle de magnifiques endroits encore peu fréquentés par les touristes et qui vous font sentir aventuriers. Lorsque nous sommes allés, par exemple sur l’île de Java pour grimper sur le volcan Kawah Ijen, ça nous a fait tout drôle de nous retrouver au milieu d’indonésiens qui ne parlaient pas anglais, nous dévisageaient et nous prenaient en photo comme des curiosités.

Aujourd’hui notre visa indonésien prend fin, 1 mois c’était décidemment trop court ! C’est pour cela que nous avons changé notre programme à la dernière minute : retarder notre séjour au Vietnam et partir en Malaisie 1 semaine afin de pouvoir revenir aux Gilis entamer notre formation de plongée.
C’est dur d’avoir laissé nos 2 complices après tous ces moments inoubliables partagés avec eux. Nous leurs donnons rendez-vous le plus tôt possible sur Dijon ou en Martinique.

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