Ah les îles ! Le soleil, l’eau à 28 °C, le parfum des fleurs, la bonne humeur des habitants, la vie cool cool… à l’aéroport, on nous accueille avec le sourire et les colliers de fleurs. Nous plantons notre tente dans un charmant petit camping face à la mer. En contemplant l’horizon bleu, on ne peut s’empêcher de se sentir comme des Robinson Crusoé : cette île est la plus éloignée au monde de toute terre habitée, il y a à peine 30 ans, elle ne recevait qu’un bateau de guerre par an, apportant vivres et matériel. On ne sait pas précisément à quelle époque remonte son peuplement, la mort des principaux dépositaires de la tradition et du savoir, les Maori rongo-rongo, déportés en 1863 par des marchands d’esclaves péruviens, a provoqué la perte définitive d’un pan entier de la culture et de la connaissance du passé de l’île, ce qui a d’ailleurs largement contribué à son aura de mystère. Aujourd’hui on compte à peine 3500 habitants sur cette petite terre longue à peine de 23 kms sur 12 kms de large. Relax, on passe l’après-midi dans la seule ville et « capitale » de l’île, Hanga Roa, plaisante, parsemée de maisons basses entourées de jardins où foisonnent hibiscus géants et frangipaniers , on croque à pleine dent les petits ananas sucrés, et on se laisse aller à la douceur de vivre polynésienne. A quelques centaines de mètres de la ville, élevés en bord de mer, les yeux tournés vers l’intérieur, nous croisons nos premiers Moaï (on en recense près de 900 sur l’île). Ces mystérieux monolithes personnifiaient les ancêtres fondateurs de chaque tribu, protégeaient leurs descendants et transmettaient la mana (la puissance spirituelle). On s’imagine alors les hommes d’antan sculpter ces énormes blocs de tuf volcanique et les transporter on ne sait comment jusqu’à leur ahu (plateforme cérémoniale), à une époque où la notion du temps n’était pas la même qu’aujourd’hui. Nous rentrons au camping vers 21H00 et, cerise sur le gâteau, le soleil se couche dans l’océan juste devant notre tente, et éclabousse le ciel de rouge, d’orange et de rose. Comble de chance, nous arrivons sur l’île alors que commence le Tapati, un festival haut en couleur qui dure 2 semaines au mois de février et qui donne l’occasion aux Pascuans de renouer une fois l’an avec leurs traditions : concours de sculpture pour les hommes (Moaï en pierre, pagaies), de fabrication de tapa pour les femmes (tissu fabriqué à partir d’écorce d’arbre), de chant, de danse traditionnelle bien sûr, mais aussi courses de pirogues, de porter de régimes de bananes, et de luge en tronc de bananier sur les pentes du volcan ! L’effervescence de la préparation de la fête (construction des stands barbecue, du podium, répétitions), le rassemblement des pascuans tous les soirs à 22h pour assister aux spectacles, la joie de vivre des gens… tout contribuait à créer une super ambiance sur l’île ! Les filles, croyez-nous, les strip-teases des chippendales c’est du pipi de chat à côté des danseurs pascuans ! Avec leur petit string en peau de bête, leur corps musclé peint de la tête aux pieds, leurs cheveux longs et leur danse de guerrier, on ne peut s’empêcher d’envier les vahinés d’avoir de tels mâles à la maison ! Le lendemain, on se fait un remake du film « toute la beauté du monde » avec le beau Marc Lavoine : on loue un scooter et on part, I-Pod sur les oreilles, cheveux au vent, à la découverte des petits coins secrets de l’île. En compagnie de Bob Marley, Manu Chao et Jack Johnson, on visite les vestiges rapanuis et les petites plages de sable blanc – 1er bain de notre vie dans le Pacifique… inoubliable moment ! Curieuse de voir ce qui se passait aussi sous l’eau, nous avons plongé un matin au bord de l’îlot Motu Nui, au pied du volcan Rano Kau. Pour la petite histoire, au temps du culte de l’homme-oiseau (XVII – XIX siècles), cet endroit était le lieu de drôle de pratiques : En juillet, chaque chef de tribu désignait un serviteur particulièrement malin et sportif pour assurer le succès de son camp. Sa tâche ? Trouver et rapporter à la nage le premier œuf d’un oiseau du Motu Nui. Muni d’un peu de nourriture, les hommes ralliaient l’îlot à la nage, au mois d’août, luttant contre les violents courants, tentant d’échapper aux requins. Arrivés sur le Motu Nui, l’attente pouvait durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le serviteur qui trouvait le premier œuf, se mettait en route avec le précieux objet attaché au front pour l’offrir à son chef qui, s’il parvenait au but (avec l’œuf intact), gagnait ainsi le titre d’homme-oiseau. Au retour, il fallait non seulement affronter à nouveau les dangers de l’océan, mais aussi grimper la falaise haute de près de 300m…
Une fois nommé, l’homme-oiseau avait la tête, les sourcils et les cils rasés et le corps peint en rouge. Descendant du Rano Kau, il était fêté comme un demi-dieu avec chants, danses et sacrifices rituels. Mais la condition d’homme-oiseau n’était pas faite que d’honneur. Il allait bientôt devoir vivre reclus, accompagné d’un seul prêtre, sur les pentes du volcan. Pendant un an, plus le droit d’accéder à la mer, plus de relations sexuels (personne ne pouvait le toucher, ni même le regarder), interdiction de se laver ou de se couper les ongles et les cheveux… Seul le prêtre était autorisé à lui apporter sa nourriture. A sa mort, on lui attachait un coq vivant à chaque doigt de pieds. En les détachant, le brouhaha et l’envolée de plumes multicolores évoquaient alors l’envolée de l’esprit immortel du défunt.  
Sous l’eau, nous n’avons pas vu beaucoup de poissons mais la visibilité était exceptionnelle. C’est cette clarté qui fait toute la renommée des fonds marins de l’île de Pâques. A côté du port se trouve un spot de surf, nous sommes allées nous éclater, au sens propre comme au sens figuré, en body-board avec les jeunes pascuans. C’était génial même si Aude a pris un peu trop de bouillons à son goût, elle en a même perdu les palmes du club ! Nous les avons cherché en masque et tuba, mais la seule chose que nous ayons trouvé, ce sont d’énormes tortues franches qui se laissaient bercer par les vagues… pas si mal, non ?!! Après ces petites activités aquatiques, nous sommes parties en rando le long de la falaise jusqu’au volcan Rano Kau. Son cratère est de toute beauté, à 200m de profondeur, des dizaines de petits lacs couverts de joncs composent un incroyable patchwork. On les appelle « les yeux qui regardent le ciel ». Ces 4 jours à Rapa Nui auront été une belle introduction aux merveilles du Pacifique et au triangle polynésien (île de Pâques, Polynésie Française et Nouvelle Zélande). Notre seule déception sera d’avoir manqué Tito, le tatoueur local, très occupé par la fête. Il aurait pu nous faire un superbe tatouage polynésien pour seulement 30$... mais ce n’est que partie remise car nous faisons désormais route vers la Polynésie Française, à 4300kms à l’ouest de l’île de Pâques (17100kms de Paris) : l’autre bout du monde !!
|